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Valérie, nécessairement jeune

Valérie est auxiliaire de vie et secrétaire dans un cabinet de kinésithérapie au Pays basque. Sa jeunesse de corps et d’esprit, elle dit la devoir à ses filles, surtout les deux dernières. Mère à 28 ans d’une fille qu’elle élève seule, Valérie tombe enceinte 10 ans plus tard de jumelles avec son nouveau partenaire. "Il faut que je sois jeune, je n’ai pas le choix !", explique-t-elle en riant. Voici son témoignage.


Portrait
Valérie © katerina zekopoulos

Est-ce que tu te reconnais dans ce mot, "vieille" ?


Pas du tout. Dans ma tête je n’ai pas 51 ans. J’aime bien faire la fête, danser, je fais beaucoup de sport… J’entends souvent que je ne fais pas mon âge. Je ne sais pas si c’est vrai ! Mais non, vieille, vraiment pas. Avec mon travail je vois beaucoup de personnes âgées. Pour moi, "âgé" c’est plutôt à 85 ou 90 ans. A 51 ans, je me sens jeune.


Personnellement, je suis mieux maintenant qu’avant. Tu es plus mature, tu as plus de caractère, tu sais ce que tu veux et ce que tu ne veux plus.

J’ai eu des jumelles à 39 ans donc elles n’ont que 12 ans aujourd’hui. Je me dis qu’il faut que je sois jeune. Je n’ai pas le choix ! Je ne peux pas me permettre d’être vieille, plan-plan ou ramollie alors qu’elles n’ont que 12 ans et sont en pleine croissance. Tu es obligée de suivre! Tu ne te reposes pas. C’est du bonheur mais il faut être en forme. D’où le sport.

Je vois beaucoup de personnes à la salle de sport qui ont 80, 85 voire 90 ans et qui font beaucoup pour rester en forme. Le sport leur permet d’être en super forme ! Elles n’arrêtent pas de me dire que je suis une petite jeune, étant donné qu’elles ont 80 ans ou plus. Pour elles, je suis une petite jeune.


Quel est ton âge ressenti ?


Je me sens jeune mais je ne saurais pas donner d’âge précis. Je pense que je fais plus de choses maintenant qu’à 25 ans ou 30 ans. J’ai quitté Paris où je perdais beaucoup de temps dans les transports en commun. Je me sens mieux dans ma peau maintenant qu’à 20 ou 30 ans. J’en vois certaines qui font vieilles à 30 ans et certaines qui à 60 ans font très jeunes donc je n’arrive pas à me situer. Je sortais beaucoup avec ma fille aînée qui va maintenant avoir 23 ans. Elle a la pêche. On avait nos rituels : les fêtes de Bayonne, la foire au Jambon, le bal des pompiers… On faisait beaucoup de choses ensemble donc tu te dis que tu n’es pas vieille.


Pour toi, qu’est-ce qui s’améliore, se maintient ou se dégrade avec le temps ?


Pour moi, vieillir c’est bon signe. Tout le monde n’a pas cette chance. Personnellement, je suis mieux maintenant qu’avant. Tu es plus mature, tu as plus de caractère, tu sais ce que tu veux et ce que tu ne veux plus. Donc tu as plus de facilité à choisir. On ne choisit plus pour toi. Pour moi il n’y a pas de dégradation, au contraire !


J’étais un peu boulotte quand j’étais plus jeune, je ne faisais pas de sport, j’étais à Paris, je prenais le RER, j’étais anxieuse… Ici je vis, à Paris je survivais. Je peux faire plein de choses ici que je ne pouvais pas faire dans mon ancienne vie à Paris. Ici, je profite. J’ai déménagé quand les jumelles avaient 3 mois. A l’époque j’avais 39 ans, presque 40 ans.


Au début, ce n’était pas facile. Les jumelles étaient bébé et à 40 ans, c’est sport ! Ma première fille, l’aînée, était en 6e quand je les ai eues donc c’était compliqué. Mais un peu plus tard, j’ai pu profiter. J’allais à une salle de sport qui proposait aussi une garderie. Ça me permettait de souffler et de penser à moi. De ne pas être qu’à la maison à faire les biberons, les repas, le ménage… Maintenant que les jumelles sont autonomes j’en profite encore plus. C’était dur au début mais tu oublies vite, parce qu’au final tu as créé quelque chose de beau.


Qu’est-ce qui t’anime aujourd’hui, te donne envie de te lever le matin ?


Mon nouveau compagnon ! Je travaille avec lui dans un cabinet de kinésithérapie. On habite une grande maison. Les week-ends, on est souvent réunis : sa fille, mes filles, le copain de ma fille, son fils maintenant puisque je suis devenue grand-mère… On passe beaucoup de temps ensemble.


Je suis heureuse d’aller travailler aussi. Je peux aller au sport, travailler ensuite, rentrer de bonne heure à la maison, profiter des jumelles la semaine où je les ai… Il y a aussi la joie de retrouver mon compagnon le soir et de partager le repas tous les quatre. On est heureux de se retrouver et d’être ensemble. C’est rare ! On s’est trouvés tard, il y a environ 4 ans, mais on s’est bien trouvés. Mes filles s’entendent bien avec sa fille. C’est une super famille recomposée, j’ai de la chance.


Est-ce qu’il y a un mot ou une expression qui t’agace ou te dérange quand on en vient à parler d’âge ?


Oui, c’est le mot "vieux" ! Je le trouve péjoratif. Je ne suis pas persuadée que les personnes d’un certain âge ou âgées aiment entendre ce mot. Quand mes filles disent "la vieille dame" ou "le vieux", je les reprends. J’ai une préférence pour le mot "personne âgée", plus respectueux.


Est-ce que tu as envie d’ajouter quelque chose ?


J’aime beaucoup le métier d’auxiliaire de vie. J’apprends beaucoup auprès des personnes âgées, elles transmettent beaucoup de choses. Il y a quelques années, je travaillais auprès d’un homme âgé dans la région. Il me racontait qu’un des restaurants de Biarritz était anciennement la cuisine d’un château. Ce restaurant est situé au pied d’une grande bâtisse.


Dans ce château, il n’y avait pas de cuisine. Le propriétaire ne voulait pas que ça sente la nourriture chez lui donc il avait fait en sorte que la cuisine se trouve à l’extérieur, en contrebas. Tu ne peux pas connaître ce genre d’histoires si quelqu’un ne te les raconte pas.

Ça fait 7 ans que je fais ce métier. Je remarque qu’il y a de tout. En général les personnes sont heureuses quand elles te voient. Si tu arrives et que tu fais la tête, en retour tu n’as rien. Comme j’aime ce que je fais, je reçois aussi beaucoup.


Propos recueillis le 14 Octobre 2021.


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