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Colette, l’impermanence heureuse

Auteure, directrice de troupe, metteure en scène, Colette Roumanoff n’a de cesse de créer : des pièces de théâtre, des ateliers, un blog pour changer de regard sur la maladie d’Alzheimer… Elle écrit aussi. Celle qui embrasse le principe d’impermanence, l’assume pleinement : "tout change, tout le temps". De ces transformations, elle fait une force en se réinventant. J’ai eu la chance de rencontrer Colette. Voici son témoignage.




Est-ce que tu te reconnais dans ce mot, "vieille" ?


Non, absolument pas. Je ne serai jamais vieille. C’est une décision à prendre une fois pour toutes. Je l’ai prise il y a très longtemps. Je ne serai jamais vieille.


Je me suis sentie vieille le jour où j’ai eu 12 ans. J’étais dans une école primaire où il y avait une grande cour carrée qui était divisée en deux par une ligne imaginaire. Ceux qui étaient de l’autre côté de la ligne avaient plus de 12 ans. On n’avait pas de vraie séparation donc il fallait s’arrêter vite pour ne pas entrer dans l’espace de ceux qui avaient plus de 12 ans.

Le jour où j’ai eu 12 ans, j’étais terrorisée. Je me suis dit : "ça y est, je suis vieille !". J’ai senti ça d’une façon très violente. Que j’étais vieille. Que je ne pourrais plus m’amuser. Que je n’étais plus du côté des enfants. J’ai vécu cette prise de conscience de la vieillesse à l’âge de 12 ans. Depuis, ça m’est entièrement passé.


C’est quand même chouette. J’ai fêté mes 80 ans en criant sur les toits que j’avais quatre fois vingt ans. J’ai fait quatre gâteaux de vingt bougies et j’ai fêté mes 80 ans avec beaucoup de joie. Les gens, ça les décomplexe. Parce que tout le monde a des complexes avec son âge, se raconte des histoires.


Quel est ton âge ressenti ? Ton âge réel ?


Je vais sur mes 82 ans mais personnellement je me sens jeune. Je ne sens pas que j’ai un âge particulier. J’aime beaucoup une réplique de Courteline : "il y a un bonhomme à qui on demande, quel âge avez-vous ?". Manifestement, c’est un très vieux monsieur. Il dit : "25 ans". "Ah bon, vous avez 25 ans ?", rétorque l’autre. "Le jour où j’ai eu 25 ans, je me suis dit, bel âge ! Je le garderai jusqu’à ce que mort s’ensuive". Cette réplique synthétise ma vision de l’âge.


Comment te transformes-tu avec le temps ?


Tout change, tout le temps. On n’a pas le choix. Pendant très longtemps, je faisais beaucoup de spectacles tous les ans. J’en faisais jusqu’à 200. Maintenant j’en fais moins mais je me mets à chanter du Mozart. Qu’est-ce que ça me fait plaisir ! Le cerveau est plastique. J’ai commencé le piano à 37 ans. J’ai commencé le rameur à 79 ans. Ça fait trois ans que je fais du rameur et je suis une publicité vivante pour le rameur.


Qu’est-ce qui t’anime aujourd’hui, te donne envie de te lever le matin ?


J’ai toujours envie de me lever le matin. Tout ce que je fais, je choisis de le faire. J’ai un livre qui est paru récemment. Il s’appelle "L’impermanence heureuse" (éditions du Relié).


Depuis 2010, j’ai créé et anime aussi des ateliers-théâtre pour apaiser le quotidien des personnes confrontées à la maladie d’Alzheimer, aidants ou soignants. J’utilise des jeux d’improvisations, je fais travailler les participants sur leur présence, leur voix, le tout dans la bonne humeur.


Mon mari a été diagnostiqué Alzheimer en 2006. Cette expérience m’a donné envie d’agir, pour contribuer à changer le regard de la société sur la maladie : le regard de l’aidant sur lui-même, le regard du patient sur lui-même, et leurs regards l’un vis-à-vis de l’autre et de tous les autres. C’est comme ça que le blog "Bien vivre avec Alzheimer" est né. Pour donner un message d'espoir aux familles. Après le diagnostic, la vie continue !


Pour aller site loin :

  • Le compte Instagram de @ColetteRoumanoff

  • La chaîne Youtube de Colette, pour découvrir son travail et sa vision

  • Le site de "La confusionite", la pièce de théâtre créée par Colette pour apprivoiser Alzheimer, en contourner les pièges et garder sa bonne humeur


Propos recueillis le 28 Février 2023


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