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Nos seins ne comptent pas pour des prunes... même vieux !

Octobre rose est terminé mais les idées reçues sur nos seins n’ont pas fini de nous nuire ! Preuve en est, la moindre vigilance accordée aux risques de développer un cancer du sein chez les femmes après 74 ans et les attitudes de soin vis-à-vis des femmes ayant subi une ablation du sein. Les années passant, nos seins compteraient-ils pour des prunes ?


Crédits : Photo by Annie Spratt on Unsplash

Autant nos seins ont bonne presse quand ils sont jeunes, toniques, utiles quand ils font vendre, productifs quand ils nourrissent les nouveaux nés… Autant quand ils vieillissent, c’est une autre histoire ! Victimes d’âgisme, nos seins ? Oui, et pas qu’un peu. Du moins si on se fie aux données disponibles sur le cancer du sein et sur les attitudes de soin vis-à-vis des patientes ayant subi une ablation du sein. Voyons de quoi il en retourne.


Cancer du sein : gare au palier des 75 ans !


Vous le savez si vous avez entre 50 et 74 ans : vos seins ont toute l’attention des services de santé publique français, qui vous adressent à travers les Centre régionaux de coordination des dépistages des cancers (CRCDC) une lettre vous invitant à vous faire dépister gratuitement dans le cadre d’un programme de "dépistage massif organisé" (DMO), généralisé en France depuis 2004.


Concrètement, une liste de radiologues agréés vous est fournie. Vous êtes cordialement invitée à contacter l’un d’entre eux pour faire un examen comprenant :

  • Une mammographie, c’est-à-dire une radiographie de vos seins

  • Un examen clinique, c’est-à-dire une inspection visuelle et une palpation

Cet examen est 100% pris en charge par l’Assurance Maladie (cocorico !), sans avance de frais. Je le dis sans aucune ironie et en toute franchise : vive la Sécu ! Jusqu’ici tout va bien, très bien même. Le problème, c’est qu’à partir de 75 ans, ce programme prend fin. Autrement dit, vous ne recevez plus de courrier. Et vous risquez si vous manquez d’informations sur le sujet, de négliger vos seins en minimisant les risques.


Or chaque année, près d’un quart des nouveaux cancers du sein diagnostiqués concernent des femmes de plus de 75 ans [1]. Et, tenez-vous bien : près de la moitié des décès par cancer du sein surviennent dans cette même population, les cancers étant découverts à un stade plus avancé chez ces patientes. Le Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français a alerté les professionnels de santé et le grand public en 2019 sur ce risque dans un contexte de vieillissement démographique : "Qu’en sera-t-il, lorsqu’en 2030, la population comptera 20 % de femmes de plus de 70 ans, si l’on ne s’en préoccupe pas ?", souligne l’organisation [2].


Dépistage à tout âge


Ce pour quoi les professionnels ayant pris part à cette campagne de sensibilisation militent : pas tant pour une extension du programme de dépistage organisé, dont les résultats ne seraient pas concluants après 75 ans, mais pour une augmentation de la vigilance des principaux concernés – les femmes et leurs médecins en particulier. Cela passe notamment par plus d’information, pour faire savoir aux femmes qui sortent des clous du programme, que le risque de développer un cancer du sein et d’en mourir non seulement ne diminue pas après 75 ans, mais augmente avec l’âge. D’où l’intérêt de continuer à dépister.


Cancer du sein vieille
Affiche de la campagne du CNGOF

L’organisation a ainsi constaté qu’"une fois sorties de la tranche d’âge concernée par le dépistage organisé et soufflées les 75 bougies (…) les femmes ne sont pas invitées de façon soutenue à le poursuivre individuellement ou alors de façon très inégale". Une étude a montré que 75 % des structures gestionnaires du dépistage organisé en France ne prévoient même pas de courrier systématique aux patientes, ne serait-ce que pour leur signaler qu’elles atteignent l’âge de sortie du programme.


Conclusion : ne baissons pas la garde ! Quand le dépistage organisé cesse, c’est au dépistage individuel de prendre le relais, via l’autopalpation mais aussi l’examen médical classique.


Nos seins victimes d'âgisme ?


Le risque de négliger nos seins est d’autant plus grand que les clichés ont la vie dure. "Une femme âgée ne risque pas d'avoir un cancer du sein", "le cancer n'est pas très grave ou n'évolue plus quand on est âgée" [3]… Cette petite musique, vous la reconnaissez ? Eh oui, encore l’âgisme et cette idée qui voudrait que les femmes soient moins femmes avec l’âge. Et que les attributs féminins perdent de la valeur avec le temps.


Le pire, c’est quand la petite musique est intériorisée. "A quoi bon me préoccuper de mes seins, après 75 ans ?", "à quoi bon prendre soin de moi, passé un certain âge" ? Cela peut aussi directement toucher nos proches, notamment dans le cas des aidants : "ma mère est trop âgée pour qu’on l’embête avec ça"[4]...


Si l’âgisme est parfois intériorisé, il touche aussi les professionnels de santé : il impacte alors les attitudes de soin. Le psychologue du vieillissement Stéphane Adam souligne que chez des étudiants en médecine, à situation clinique équivalente, pour des patientes ayant subi une ablation du sein, une reconstruction mammaire était conseillée dans 95% des cas si la patiente a moins de 31 ans mais seulement dans 65% des cas si elle est âgée de plus de 59 ans. "À noter que jamais l’âge n’est utilisé comme justificatif de leur choix. Donc, comment expliquer un tel résultat autrement que par le phénomène d’âgisme (‘un sein en moins à 59 ans, quelle importance ?!’) ?", observe le responsable de l’unité de Psychologie de la Sénescence à l’Université de Liège, en Belgique [5].

Les femmes perdent plus d’années de vie en raison du cancer du sein que de n’importe quel autre type de cancer.

Ce cas documenté par Stéphane Adam, comme celui du cancer du sein chez les femmes après 74 ans, montre que nos seins et plus largement la santé des femmes, sont des victimes collatérales de l’âgisme. Cela nous invite à redoubler de vigilance. D’autant plus qu’à l’échelle mondiale, "les femmes perdent plus d’années de vie en raison du cancer du sein que de n’importe quel autre type de cancer" [6].


Loin de disparaître comme par magie, le risque d’avoir un cancer du sein et d’en mourir perdure malgré la fin du programme de dépistage organisé après 74 ans. Ce programme cible les femmes de 50 à 74 ans, tranche d’âge particulièrement exposée. Mais aussi bien avant, dès la puberté, qu’après, le risque demeure ! Il est donc grand temps de se défaire de l’idée selon laquelle nos seins ne mériteraient plus notre attention passé un certain âge. Même vieux, nos seins ne comptent pas pour des prunes !


Pour aller + loin :

Avis aux commentaires et témoignages, quel que soit votre âge ! Pour poursuivre la conversation, rendez-vous sur Insta : @Coupdevieilles.



Sources :


[1] Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français. http://www.cngof.fr/actualites/650-depistage-k-sein-femme-agee-2 [Consulté le 30/10/2022].


[2] Dossier de presse, "Dépistage du cancer du sein chez la femme âgée", Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français, avec le soutien de Ligue nationale contre le cancer et son comité du Bas-Rhin. http://www.cngof.fr/actualites/650-depistage-k-sein-femme-agee-2 [Consulté le 30/10/2022].


[3] Anaïs Thiébaux, "Cancer du sein chez la femme âgée : évolution, traitement", Journal des femmes. https://sante.journaldesfemmes.fr/fiches-maladies/2750773-cancer-du-sein-femme-agee-70-75-ans-evolution-traitement-diagnostic-survie/ [Consulté le 30/10/2022].


[4] Cancer du sein : les femmes âgées sont aussi concernées. https://www.laposte.fr/senior/femmes-agees-et-cancer-du-sein [Consulté le 30/10/2022].


[5] Stéphane Adam, "Conséquences de l'âgisme sur les attitudes de soin", Observatoire de l'âgisme. http://www.agisme.fr/spip.php?article87 [Consulté le 30/10/2022].


[6] Organisation Mondiale de la Santé. https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/breast-cancer [Consulté le 30/10/2022].


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