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Quand l’âgisme sort de l’ombre : publication du 1er rapport mondial dédié

Alors que la crise sanitaire du COVID-19 a révélé l’ampleur de l’âgisme dans nos sociétés, les Nations Unies poussent un cri d’alarme sur ce phénomène en publiant le premier rapport mondial dédié. L’occasion de revenir sur 4 de ses enseignements clés.



Femme âgées yeux cachés
Déni d'âgisme

Il aura fallu une pandémie pour que soit publié le premier rapport mondial sur l’âgisme à l’initiative des Nations Unies via quatre de ses agences : l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), le Département des affaires économiques et sociales (DESA) du Secrétariat de l’Organisation des Nations Unies et le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA). Une belle brochette d’institutions ! Le jeu en vaut la chandelle puisque le rapport s’inscrit dans le cadre de la Décennie pour le vieillissement en bonne santé 2021-2030 proclamée à l’Assemblée générale de l’ONU fin 2020.


En réalité, la préoccupation sur ce sujet ne date pas d’hier. En 2015, le Rapport mondial sur le vieillissement et la santé de l’OMS faisait figurer la lutte contre l’âgisme parmi les domaines d’action prioritaires pour "créer des environnements favorables aux aînés". Tandis qu’en juillet 2020, un rapport remis par l’experte indépendante Claudia Mahler soulignait déjà l’impact de la crise sanitaire du COVID-19 sur les personnes âgées et l’exercice de leurs droits.


Si les personnes de 60 ans et plus ont payé un lourd tribut à la pandémie en représentant la grande majorité de ses victimes, la crise sanitaire a eu le mérite de mettre en lumière l’ampleur de l’âgisme et de ses conséquences. Retour sur 4 enseignements tirés du rapport.


L’âgisme n’épargne personne


En tant que phénomène qui "renvoie aux stéréotypes (mode de pensée), aux préjugés (sentiments) et à la discrimination (comportement) à l’égard de personnes en raison de leur âge", l’âgisme n’épargne personne. Dans leur rapport, les Nations Unies proposent une définition enrichie de l’âgisme en précisant qu’il peut être institutionnel, interpersonnel ou dirigé contre l’individu lui-même ; qu’il peut être explicite ou implicite en fonction du degré de conscience de la personne qui en est porteuse.


L’âgisme touche donc aussi bien les vieilles/vieux… que les jeunes. Pour preuve, "un adolescent peut, par exemple, subir des moqueries pour avoir lancé un mouvement politique ; des personnes plus âgées ou plus jeunes peuvent se voir refuser un emploi en raison de leur âge ; ou une personne plus âgée peut être accusée de sorcellerie et chassée de sa maison et de son village" (source : ONU).


Une des spécificités de l’âgisme par rapport aux autres "-ismes" réside dans le fait qu’il touche une cible mouvante, là où le racisme et le sexisme conduisent à avoir des attitudes préjudiciables vis-à-vis de segments de la population relativement stables. Aussi, à la différence du racisme et du sexisme, l’âgisme se caractérise par le fait qu’il peut toucher n’importe qui, chacun.e étant susceptible de faire l’expérience des différents âges de la vie et notamment de la vieillesse. Ce malgré les inégalités qui demeurent entre pays et catégories sociales en matière d’espérance de vie.


Wanted : data


Fait frappant à la lecture du rapport : le manque de données disponibles pour saisir pleinement l’ampleur et l’impact du phénomène. Certes il y a ce qu’on sait et un certain nombre d’études permettent d’éclairer la problématique de l’âgisme. Le rapport souligne ainsi qu’"à l’échelle mondiale, 1 personne sur 2 fait preuve d’âgisme à l’égard des personnes âgées". C’est dire si l’âgisme est répandu ! Il révèle aussi qu’en Europe, "la seule région pour laquelle nous disposons de données, 1 personne sur 3 déclare avoir été la cible de l’âgisme, et les jeunes déclarent être davantage victimes de discrimination liée à l’âge que les autres groupes d’âge".


Si la bibliographie du rapport est abondante, chaque chapitre se termine par des recommandations et pistes pour aller plus loin, sur des enjeux aussi variés que les liens entre l’âgisme et les autres "-ismes" (racisme, sexisme, capacitisme…) ; la présence et l’évaluation de l’âgisme dans un certain nombre de secteurs comme le médico-social, les médias, le système juridique… ; l’impact de l’âgisme dans les pays à revenu faible et intermédiaire ; la contribution de l’âgisme au maintien ou à l’augmentation de la pauvreté chez les personnes âgées... Bref, il y a de quoi faire. Chercheurs de tous les pays, unissez-vous ?


Un impact majeur et multidimensionnel


Malgré le manque de données disponibles, le rapport souligne que l’impact de l’âgisme se mesure notamment en termes économiques et de santé, définie au sens large par l'OMS comme "un état de complet bien-être physique, mental et social". L’OMS souligne en effet que "les personnes âgées ayant des attitudes négatives vis-à-vis du vieillissement pourraient vivre 7,5 années de moins que celles ayant des attitudes positives". L’âgisme est donc non seulement associé à une espérance de vie plus courte, mais aussi à des problèmes de santé physique et mentale. On estime ainsi que 6,3 millions de cas de dépression dans le monde sont dus à l’âgisme.


Autre conséquence majeure de l’âgisme : l’isolement et le sentiment de solitude accrus des personnes âgées, qui ont eux-mêmes un impact direct sur la santé et l’espérance de vie. Le coût humain de l’âgisme n’étant plus à prouver, reste à en évaluer le coût financier. Une des études citées par le rapport a montré qu’aux Etats-Unis, l’âgisme "entraîne chaque année 63 milliards de dollars de coûts supplémentaires pour les huit problèmes de santé les plus coûteux des personnes âgées de 60 ans et plus – maladies cardiovasculaires, maladies respiratoires chroniques, troubles musculo-squelettiques…


C’est ce constat qui a fait dire à la Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme Michelle Bachelet que souvent, l’âgisme "est si répandu et si bien accepté – dans nos attitudes comme dans nos politiques, nos lois et nos institutions – que nous ne réalisons pas les répercussions qu’il a sur notre dignité et sur nos droits". Et d’ajouter que "nous devons lutter de front contre l’âgisme, une violation des droits de l’homme aujourd’hui profondément enracinée".


Solutions & Co


Pour adresser le problème de l’âgisme, plusieurs solutions et recommandations sont évoquées dans le rapport. L’adoption de politiques et de lois contre l’âgisme est un des instruments cités, aux côté de la mise en œuvre d’interventions éducatives et d’actions favorisant les contacts intergénérationnels. Les interactions entre des groupes d’âge différents contribue en effet à réduire ce qui dans la théorie de la menace intégrée est décrit comme une "menace intergroupe", celle qui est ressentie au sein d’un groupe quand ses membres perçoivent qu'un autre groupe est en position de leur causer du tort, qu’il s’agisse par exemple de jeunes adultes ou de personnes âgées.


Parmi les recommandations, les Nations Unies mettent en avant l’importance d’"améliorer les données et la recherche pour mieux comprendre l’âgisme et les moyens de réduire ses effets", mais aussi de "créer un mouvement visant à modifier le discours autour de l’âge et du vieillissement", mouvement auquel Coup de vieilles cherche à contribuer. La collaboration et la communication entre les différentes parties prenantes engagées dans la lutte contre l’âgisme figure comme un des facteurs de succès de cette mobilisation.


Envie de contribuer à votre échelle pour accélérer la conscientisation du phénomène ? N’hésitez pas à relayer sur vos réseaux la campagne dédiée disponible sur le site de l'Organisation Mondiale de la Santé.



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